Migrants : A la rencontre d’une bénévole

Depuis leur arrivée, nous nous sommes intéressées à l’intégration des migrants à Voutezac ( voir nos articles « chronique d’une vie quotidienne »). Nous savons qu’ils ont des cours de français, mais le type d’enseignement (FLE) restait très flou, c’est pour cela que nous sommes allées à la rencontre de Mme Pautrot, une bénévole qui aide les migrants à apprendre le français, nous lui avons posé quelques questions.

Les migrants en cours de FLE. Source : La Montagne.

Eugène.com:Bonjour madame, qu’est-ce ce que le FLE ? 

Mme Pautrot : Le FLE veut dire « Français Langues Etrangères », c’est une méthode pour apprendre le français aux étrangers. Une vingtaine de personnes bénévoles interviennent auprès des résidents de la Bontat, elles sont pour la plupart retraitées de l’Education Nationale ou enseignantes encore en activité.

Eugène.com:Pourquoi leur apprendre le français ? 

Mme Pautrot: La première chose qui peut aider une personne étrangère à s’intégrer dans un pays qui n’est pas le sien, c’est quand même la connaissance de la langue ! S’ils sont volontaires pour apprendre la langue, et s’ils sont assidus aux cours, ils seront fiers de parler français et auront de meilleures chances de s’intégrer.

Eugène.com: Pourquoi vous-êtes-vous proposée ?

Mme Pautrot: Je n’ai pas réfléchi ! Quand j’ai assisté à la première réunion à Voutezac, où la majorité des personnes présentes manifestaient leur désaccord avec l’arrivée des migrants, leur peur, leur xénophobie, j’ai été profondément choquée et meurtrie. Que risquait-on d’accueillir de tout jeunes gens chez nous? Que risquait-on d’apporter un peu de réconfort et de chaleur humaine à des jeunes qui avaient vécu la guerre, qui avaient vu périr des membres de leur famille, qui avaient traversé la planète pour atteindre l’Europe, qui avaient vécu l’insalubrité dans la Jungle de Calais?

Pour moi, ces hommes sont un peu comparables à « Ulysse » de l’Odyssée : le héros quitte son île d’Ithaque, fait la guerre de Troie pendant dix ans. Pendant dix autres années, empêché de rentrer chez lui, il surmonte les épreuves en Méditerranée. Pendant tout ce temps, sa femme, Pénélope, l’attend. Ce n’est qu’après ces vingt années interminables qu’Ulysse retrouve sa femme et son fils, son île. Abdullah, Sorghul, Ali, Bashir, Sangar, Saïd… sont des Ulysse !

Eugène.com: Quelles difficultés rencontrez-vous ? 

Mme Pautrot: Il y a plusieurs difficultés. La première est liée au fait que plusieurs d’entre eux sont illettrés, ou sont très peu allés à l’école. Cependant, au moins trois d’entre eux éprouvent un grand plaisir à découvrir l’apprentissage de la lecture et de l’écriture dans une langue qui n’est pas la leur. Ceux-là sont très assidus. D’autres, qui savent lire et écrire dans leur propre langue et qui parlent anglais, pour des raisons qui leur appartiennent, sont moins assidus. Mais tous comprennent mieux notre langue et commencent à la parler.

Eugène.com : Est-ce que vous savez pourquoi ils sont illettrés ?

Madame Pautrot : La plupart de ceux qui sont illettrés viennent d’Afghanistan, et dans ce pays, l’école n’est pas obligatoire. Dans certains milieux sociaux on ne trouve pas utile d’emmener ses enfants a l’école.

Eugène.com: Où se déroulent les cours de FLE?

Mme Pautrot: Les cours se déroulent dans un local à côté de leur maison à la Bontat [ndlr :  le site sur lequel ils sont hébergés].

Eugène.com: Comment faites-vous pour leur apprendre notre culture ? 

Mme Pautrot: On ne leur « apprend » pas notre culture. Nous leur parlons de la façon dont nous vivons, des élections, de la République et de ses valeurs. Mais certains sont en Europe depuis longtemps et connaissent bien les différences culturelles entre les pays européens et leur propre pays. Ils savent par exemple quel est le statut de la femme en Occident. Ils voient et comprennent par exemple que les femmes travaillent et qu’elles sont libres. Ils participent eux-mêmes à des activités sportives qui les mettent en contact avec des français. Certains sont régulièrement hébergés dans des familles et adoptent ainsi plus facilement notre mode de vie.

Eugène.com : Quelle est leur progression ?

Mme Pautrot: Elle est très variable. Chacun progresse à son niveau. C’est comme dans une classe  : il y en a certains qui comprennent bien et d’autres qui avancent moins vite !

Eugène.com : Merci madame!

Entretien relaté par Lise Taysse,

avec la participation de Lisa Robert et de Clémence Martin. 

Afficher les mentions légales | Conditions générales d'utilisation | Aide à la rédaction du registre de traitement
Nom et adresse de l’établissement scolaire
Collège Eugène Freyssinet 19 130 Objat
Nom du directeur de la publication
Christian Pouzet
Nom du responsable de la rédaction
Delphine Marrou
Nom et adresse du fournisseur d’hébergement
OVH 2 rue Kellermann – 59100 Roubaix