L’espace, entre-deux

Vendredi 16 mars

Francis Morandini est venu en classe présenter le projet de travail aux élèves. Il a choisi de les faire réfléchir sur les notions d’espace et d’entre deux : les élèves devront mettre en place un  projet artistique dont le sujet est la ville de Brive et ses alentours. Le changement, la lisière, la frontière sont les notions à questionner afin de donner un portrait personnel, créatif et poétique de la ville. Tout en insistant  sur la dimension poétique et artistique, l’artiste invite les élèves à imaginer et à concevoir sous forme d’esquisses, d’annotations, de repérages photographiques leurs points de vue. En fait, la démarche ne  consiste pas à réaliser un documentaire photographique de la ville, mais à produire une vision poétique, un témoignage sensible sur le paysage (réel/mental).

La démarche proposée par l’artiste est celle du cheminement, du  Work in progress , c’est-à-dire un travail dont le résultat ne serait pas déterminé à l’avance, mais se construirait au fur et à mesure des séances en intégrant toutes les étapes du projet (notes, croquis, planche contact, tirage de lecture…).

 

vendredi 23 mars

La séance débute par une explication de Francis  du  réglage de l’appareil photographique : diaphragme , vitesse d’obturation et  cellule.

Les élèves travaillent par deux, un appareil argentique leur est confié afin de réaliser des prises de vue à travers les rues de la ville. Durant ce parcours plus ou moins improvisé, le premier travail était de regarder différemment le paysage urbain, de détacher un regard singulier :  voir ce qui habituellement échappe au regard quotidien, éveiller la curiosité de ce qui semble banal. Cette acuité se révèle au fur et à mesure de notre parcours. Le thème proposé par Francis se précise, s’affine à travers les discussions. Les prises de vue se multiplient.

Cette enthousiasme devra céder le pas à un travail plus réfléchi, en se questionnant sur ce qui rend une image plus intéressante qu’une autre et apprendre parfois à renoncer.

Cette carte précise les parcours des élèves dans les quartiers du centre-ville à proximité du lycée. Lieux habituels et insolites interrogent leur regard, créent une certaine poésie : façades, lieux désafectés, avenues et ruelles, circulation et ciel lumineux.

Vendredi 29 mars

La séance s’est organisée de façon à  travailler en groupe, l’un autour de Francis au laboratoire afin de développer des films et réaliser les planches contact. Avec l’autre groupe, nous sommes allés en ville pour une séance de prise de vue. Cette déambulation nous a conduit à travers les rues du centre ville, théatre d’importants travaux. Le parcours a permis de préciser et affiner  les choix de chaque élève autour du thème de « l’entre-deux ».

La deuxième partie de la séance a réuni le groupe dans le parc de La Guièrle : les élèves ont pu réfléchir sur la question de l’entre-deux à  travers un exemple concret. Dans les jardins de La Guièrle, au coeur de la ville, est installée une petite forêt déployée sur 2500 m2. Elle est principalement composée de résineux de 5 à 8 métres  de haut, de 200 feuillus, qui évoquent les sous-bois limousins.

Cette installation pérène a été réalisé par Michel Boulcourt :

 » C’est l’histoire d’une petite forêt posée sur un petit bout de terrain dans le parc de La Guièrle.(…)  C’est l’histoire d’une greffe de « nature » apposée au cœur de la ville sur un petit espace qui dès lors se trouve détourné du rituel urbain. (…) Alors la greffe fera matrice  et transformera les assemblages multiples de la diversité résultant de ce brutal effondrement. Dans ce tumulte foisonnant qu’adviendra t-il du monde animé (…) ? »

 

Vendredi 6 avril,

La séance a donné lieu à la dernière sortie  de prise de vue accompagnée. Nous sommes retournés, avec quelques élèves, dans le parc de La Guièrle et notre parcours s’est poursuivi dans le centre-ville jusqu’à l’église Saint Martin. Les regards sur la ville se diversifient pour chaque élève en phase avec leur choix sur le thème de l’entre-deux.

De retour au laboratoire les sélections de photographies commencent. Les planches de  contact sont analysées, étudiées  pour choisir les clichés les plus intéressants du point de vue du sujet, de  la composition, de la créativité. Les tirages d’essai s’enchaînent pour trouver la meilleure résolution de contrastes, de lumière, de netteté.

« La composition doit être une de nos préoccupations constantes, mais au moment de photographier elle ne peut être qu’intuitive, car nous sommes aux prises avec des instants fugitifs où les rapports sont mouvants. »   Henri Cartier-Bresson

Ce serait considérablement réduire la photographie que de l’amputer de sa dimension d’absence, de perte, de ratage et de ne vouloir continuer à y voir, inlassablement, qu’un rendez-vous réussi avec le réel.Alain Bergala

Ces deux citations illustrent la direction du travail que nous souhaitons donner au projet.

Penser et regarder  la ville, composer avec le réel, créer une image structurée  autour de lignes, de formes, de masses pour aboutir à  une image réfléchie et construite.

Prendre en compte  ce qui ne peut être totalement maîtrisé, la part d’accident, d’inattendu qui appartient à toute création et  fait œuvre en révélant l’acte photographique et ses hasards.

Au-delà d’une éducation de l’œil, d’un éveil à la sensibilité, il s’agit de faire une  approche poétique de la ville : un entre-deux de la pensée et de  l’impensée, de la certitude et du hasard.

La plupart des négatifs développés nous ont révélés cette part d’accident de hasard dont il nous faut tenir compte.

 

 Vendredi 5 avril,

Cette séance se passe exclusivement au laboratoire. Les planches de contact sont tirées, le choix des clichés se fait et les tirages de lecture apparaissent. Fruits d’une réflexion sur l’image et d’une relation au thème de chaque élève, l’image est ensuite soumise au regard de Francis. C’est une chance et un vrai plaisir qui s’installe, car le choix n’est jamais imposé, mais le résultat d’un véritable échange. C’est une étape très appréciée par l’équipe pédagogique et les élèves. Un moment de complicité s’installe, mêlé de plaisir et d’une certaine tension inévitable à ce moment du projet. En effet, on perçoit de manière très lucide et concrète les délais impartis et les enjeux d’une telle entreprise. Le temps jouera-t-il en notre faveur ? Comme le souligne Francis dans son dernier article « les contraintes font aussi partis du processus artistique que nous devons assumer ».

Enfin les premiers tirages barytes se dévoilent dans l’obscurité du labo.

Retouches, masquages, maquillages, jeu de contrastes sont un ensemble de gestes et d’opérations sensibles qui expriment tout le secret des images  mises en lumière. Il est parfois et souvent nécessaire de revenir sur certaines d’entre elles, il existe une sorte d’adversité de lutte silencieuse dans le labo, l’image ne révélant jamais ou très rarement tous ses secrets lors du premier tirage.

La séance s’achève avec quelques tirages de lecture très prometteurs et déjà on se plaît à projeter de nouvelles découvertes et de mise en scène pour l’exposition.

Ecritures de lumière : Entre deux : poésie et document, ville et périphérie.

Hier, avec l’équipe enseignante nous avons fait un point très précis des enjeux de mon intervention dans le cadre de ma résidence écritures de lumière et de la manière dont j’allais concevoir le travail en dialogue avec les élèves :

Nous allons travailler sur le chaînon :

1 : mise en forme d’une idée à travers des recherches au centre des archives, lecture diverses sur l’histoire des lieux, esquisses, prise de note etc.…

2 : élaboration et travail sur la manière la plus adéquate pour restituer son idée de départ en travaillant sur la prise de vue et en réfléchissant aux paramètres les plus adéquates pour optimiser son image (analyse de la lumière, choix de l’angle, distance au sujet etc.…) J’ai insisté sur la nécessité de construire son image et de la concevoir mentalement avant de la prendre.

Nous allons mener un atelier noir et blanc (développement des films, épreuves de lecture et tirages barytés pour l’exposition)  en analysant les différentes manières d’interpréter un négatif et du sens qui en découle selon les différentes densités.

3 : La diffusion : par une prochaine exposition où nous tenterons de restituer la notion de work in progress par des tirages barytés, planches contacts, épreuves de lectures etc.… Tout ce qui permet de penser l’idée de cheminement dans un travail artistique.

Nous concevrons une édition afin de garder une trace précise de cette expérience et de pouvoir diffuser auprès des différents partenaires qui permettent ce projet.

Les réflexions  menées seront comment poétiser le réel avec l’outil photographique, comment décaler son regard par rapport à notre quotidien, réfléchir à la notion de point de vue, du regard et de la construction d’une image autre.

Chaque élève pourra s’il le souhaite travailler sur différentes approches de la photographie en ayant à l’esprit l’idée de l’entre deux, de passage, de transition, de déplacement du corps dans la ville…

Des photographes cités : Eugène Atget, Robert Doisneau, Henri Cartier-Bresson,William Eggleston, Jeff Wall, Valérie Jouve, Christophe Bourguedieu, Patrick Faigenbaum, Gabriel Orozco,Thomas Struth, Jean-Marc Bustamante, Balthasar Burkhard, Bernard Plossu… Cette liste partielle constitue une petite boîte à outil qui se complétera au fur et mesure des intérêts des élèves.

Nous avons ensuite travaillé sur la compréhension des trois paramètres à gérer sur un boitier argentique manuel  et comprendre comment ils interagissent entre eux :

Choix de la sensibilité du film

Vitesse d’obturation et ouverture du diaphragme.

Enfin, à la réalisation de planches contacts en chambre noire.

 

EDITORIAL

La résidence d’artiste de Francis Morandini se déroule pendant six semaines, durant lesquelles les élèves associés au projet développent une pratique photographique, conduite par l’artiste et accompagnée par leurs professeurs d’arts plastiques. La mise à jour régulière du projet est présentée sur ce blog à travers des articles rédigés par :

Denis Dufour, enseignant Arts plastiques (administrateur du blog – Contact : denis.dufour@ac-limoges.fr)

Fati Dufour, enseignante Arts plastiques

Francis Morandini, Artiste Photographe

Les élèves de Première Littéraire option Arts plastiques spécialité (année scolaire 2011-2012)

 

Le calendrier

12 mars – 27 avril 2012 : résidence de Francis Morandini au lycée d’Arsonval (Brive)

14 septembre – 07 octobre 2012 : exposition des travaux photographique des élèves et des photographies de Francis Morandini au musée Labenche (salle des expositions temporaires). Présentation du livre de la Résidence.

Introduction

Bienvenue sur ce blog dont une partie est dédiée  à la résidence d’un artiste photographe, Francis Morandini , au lycée d’Arsonval à Brive. La résidence est programmée du 12 mars au 21 avril 2012 sur le thème de l’histoire des lieux et de leurs usages. Les élèves de Première Littéraire Arts plastiques spécialité seront accompagnés par Francis Morandini dans le développement d’un projet de création photographique argentique en noir et blanc. D’autre part, un groupe d’élèves de l’atelier photo du lycée bénéficieront également de la présence de l’artiste.