« Veuillez écouter quelques messages personnels… »

Depuis septembre 1940, la BBC diffuse des messages personnels pour que les soldats partis en Angleterre puissent rassurer leurs familles qui sont restées en France.

A partir de septembre 1941 , les Alliés décide d’utiliser la BBC pour envoyer des messages personnels codés. Seuls les groupes de Résistants à qui ils sont destinés connaissent leur sens caché.

« Radio-Paris ment, radio-Paris ment, Radio-Paris est allemand! «  

L’émission commence chaque soir par ce célèbre slogan qui rappelle aux Français qu’il faut se méfier des informations diffusées sur Radio-Paris et par le décompte des jours de lutte pour la Libération. L’armée allemande brouille systématiquement les émissions pour tenter de les rendre inaudibles car tous les auditeurs savent que ces phrases amusantes, poétiques ou absurdes sont des instructions précises adressées à la Résistance.  Les messages personnels peuvent contenir  :

  • des ordres pour préparer une action  : un parachutage, un sabotage …
  • la confirmation que les informations envoyées par les Résistants ont bien été reçues par les Alliés.
  • des remerciements ou des félicitations pour les actions menées par les Résistants
  • Ce peut être aussi des messages destinés à induire les nazis en erreurs : Les Alliés submergent les allemands d’un grand nombre de messages pour qu’ils gaspillent leurs efforts à les décrypter et qu’ils aient moins de temps pour décoder les messages réellement importants. De l’hiver 1941 à l’automne 1944, la BBC va diffuser  plus de 50 000 messages personnels

« Ici Londres … »

Dans toute l’Europe, les radios retransmettent chaque jour des nouvelles du front et des discours mais tout ce qui est diffusé à l’antenne est très sévèrement contrôlé par les gouvernements. Les stations de radios constituent de véritables armes de guerre.

Radio Paris est diffusée dans toute l’Europe et l’Afrique du Nord.  Le 18 juillet 1940, elle passe sous le contrôle des Allemands qui en font leur principal outil de propagande. La liberté d’expression est supprimée, seules les informations favorables aux nazis sont annoncées de manière à imposer leur point de vue à la population.

A partir de juin 1940, la BBC ouvre son antenne aux Résistants qui ont rejoint l’Angleterre. Elle communique des nouvelles qui contredisent la propagande allemande et permet de maintenir le contact entre la Résistance européenne et les Alliés.

Radio Londres est le nom donné aux émissions diffusées en français par la BBC à partir du 19 juin 1940. Les émissions de Radio-Orange, diffusées en néerlandais, sont  écoutées en cachette par les clandestins de l’Annexe où était cachée Anne Frank.

Les autorités nazies interdisent de capter ces radios étrangères ; elles brouillent les émissions pour les rendre inaudibles. Certaines personnes écoutent malgré tout ces émissions, mais en cachette, pour ne pas être dénoncées par leurs voisins.

 

Lettres de Maquisards

Suite à notre visite au au Bois du Thouraud, 1er maquis creusois, nous nous sommes pris pour des Maquisards et nous avons écrit des lettres à nos proches.

 

Jeudi 3 mai 1943

Chers parents,

Je me sens très triste sans vous. Etre maquisarde et se cacher, c’est vraiment très dur. Je me cache dans une sape que nous avons construite avec mes amis. Nous y sommes très bien, mais il fait froid.

Si vous vous demandez comment va ma santé, je me sens très bien, mais j’ai peur que les Allemands me trouvent parce qu’ils ont découvert d’autres maquisards qui se cachaient.

Je vous aime,

A bientôt

Rumeysa

 

Samedi 22 juin 1943

Chère Floriane,

Je ne suis pas bien au camp. Nous sommes beaucoup, 16 en tout avec moi. Nous n’avons pas trop de quoi manger et nous dormons sur des cailloux. A propos de la douche, nous nous lavons dans une source. Nous devons chanter le Chant des Partisans. La sape est toute petite. Il fait chaud parce ce que l’on est en été.

Je t’aime ma soeur. Tu diras à papa et maman, à toute la famille que je les aime fort.

Camille

 

Vendredi 21 juin 1943

Chère Louna,

Louna, tu me manques énormément et Eléonore aussi. Il fait très chaud même la nuit. Heureusement, on a des éventails assez grands.

On dort dans une sape. On se lave dans une source qui nous sert aussi à boire, à cuisiner.

A la fin de la guerre, si je reviens vivant, la première chose que je ferai sera de vous embrasser toutes les deux.

Bises à vous deux,

Jordan

 

Jeudi 3 mai 1943

Mathias,

Je suis un résistant et je suis avec mes copains. Je ne suis pas parti au STO car je n’ai pas voulu. Je suis devenu Maquisard.

On chasse des animaux pour manger et je vis dans une sape. D’autres Maquisards vivent dans une sape en construction.

J’ai fait sauter un train. Les miliciens, les Allemands, les collabos veulent nous tuer.

A bientôt.

Batuhan

 

6 janvier 1943

Mon cher frère,

Je t’écris cette lettre parce que je veux te donner des nouvelles de moi. Je suis résistant. Je voudrais te dire que c’est compliqué. On n’a pas le droit de sortir, on doit voler les récoltes des agriculteurs. On vit dans une sape. Il n’y a pas beaucoup de place. On est quinze, c’est difficile.

Je te fais confiance pour ne rien dire à personne, mon frère.

En tous cas, j’espère que tu vas bien.

A bientôt.

Théo

 

Jeudi 13 décembre 1943

Chers parents,

Je vis durement, j’ai froid. On a construit une sape et il y en a une en construction.

Je pense à vous et à mes frères et soeurs.

Ce n’est pas facile pour se laver parce que l’eau est froide. Je ne peux pas non plus la boire car elle est sale.

J’ai appris à faire du feu avec deux pierres. On a construit une vigie.

J’ai peur, je veux rentrer à la maison.

A bientôt

Lucas

 

Jeudi 3 mai 1943

Chère Louise,

Au camp, la vie est très dure. Je suis seule à cause de la mort de Manon et Sedef, tuées par la milice. Il y a encore les impacts de balle dans la sape. Aujourd’hui, trois arrivantes sont venues: Cybellia, Marie-Sarah et Chloé. Ce sont des amies d’enfance, depuis je ne suis plus seule.

Désolée! J’avais perdue ma lettre mais je l’ai retrouvée. On est vendredi 25 juin 1943. Ça fait 2 jours que nous n’avons  mangé.Papa et maman vont-ils bien? Moi c’est moyen. En ce moment, Cybellia et moi nous nous disputons, comme quand on était enfants.

Tu es la meilleure des soeurs.

Marie

Mercredi 9 mai 1943

Chère soeur,

On est dans un maquis, c’est dur à vivre. On chasse pour se nourrir. Je vis dans une sape, avec 5 personnes: 3 garçons et 2 filles.

On prend l’eau d’une source pour boire et se laver. On a froid. Je voudrais tellement te voir mais si les Allemands me trouvent, je devrais aller travailler au STO.

Je t’aime.

Zeynep

 

Jeudi 3 mai 1943

Cher grand-père,

Depuis que j’ai pris le maquis, je me suis rendu compte que la vie est plus difficile qu’on ne le pensait. Tu t’imagines, toi, manger du lapin tous les jours, se laver qu’une fois par semaine et se serrer pour dormir mais je préfère ça que de partir au STO.

Hier, durant la nuit, j’ai mis un tract qui encourage les gens à ne pas écouter Hitler et à se rebeller, dans la boite aux lettres d’un civil et puis quand je suis rentré dans la sape j’ai expliqué à un camarade ce que je venais de faire et chez qui je l’avais fait. Il m’a regardé bizarrement puis il a dit que j’avais  mis le tract dans la boite de quelqu’un qui était pour Hitler.

On a du commencer la nouvelle construction d’une sape.

Je m’inquiète de la situation mais tant que tu vas bien, ça m’est égal.

A bientôt.

Zeyd

 

Jeudi 16 juillet 1943

Chère mère,

Mes journées dans la sape ont été très difficiles. Il a été dur de trouver de la nourriture, de dormir, de monter la garde pendant que mes amies dormaient.

Pendant l’hiver, on a affronté le froid. On doit boire de l’eau qui est sale.

Un jour, dans la forêt, on a rencontré deux personnes qui nous ont dit qu’elles étaient comme nous. On leur a ouvert la porte.

Un jour, elles sont parties et elles nous ont trahies. Les Allemands nous ont trouvés et nous sommes maintenant en prison.

A bientôt,

Bisous.

Humeyra

 

Jeudi 3 mai 1943

Chère Sandrine,

Je me sens très triste sans te voir et j’ai peur que les miliciens nous trouvent.

Ici, il y a des amis que je connais et d’autres non. Il y en a qui sont partis et qui ne sont pas revenus. Moi, je ne suis jamais sortie de la sape, sauf pour ramener de l’eau ou pour me baigner.

L’autre jour, la personne qui était cachée dans la vigie nous a fait une blague. Elle a dit que les miliciens étaient venus. Une fille pleurait de peur. Elle a essayé de crier mais Thomas lui a fermé la bouche et Mathis, celui qui était caché dans la vigie, a rigolé.Je lui ai dit de se taire et il a dit que c’était une blague. Tout le monde lui a dit de ne pas faire ça car ce n’était pas drôle. Alice, la fille qui a pleuré de peur, lui a mis une claque et je suis partie en rigolant.

Je t’aime de tout mon coeur. Si je meurs, ne m’oublie pas.

Sedef

 

21 juin 1943

Ma chère soeur,

Je ne peux pas profiter du soleil car le travail de maquisard consiste à se cacher dans une sape. Hier, j’ai combattu avec d’autres maquisards contre trois patrouilles  allemandes. On a gagné, mais il y a eu un mort. C’est très dur.Il n’y a pas de douches, pas de toilettes…

On mange du blé que l’on vole aux fermiers qui ne veulent pas nous en donner, du poulet qu’on tue chez les fermiers.

On a failli se faire dénoncer par des faux réfractaires.

Un jour, je regardais la forêt quand soudain, j’ai entendu un bruit, des cris, des hurlements. Un résistant, Albert Durbin, le vendeur de fromage, a été arrêté. Je voulais l’aider mais ils étaient trop nombreux comme la patrouille allemande.. J’ai prévenu trois autres résistants, Henri Delle, Richard Faux et Yvan Feroux, seulement ils dormaient. J’ai du aller le sauver tout seul. Ils avaient des chiens donc j’ai abandonné.

Quand ce sera la fin de la guerre, je rentrerai à la maison.

Je t’embrasse.

Yassim

 

29 octobre 1943

Cher Jordan,

Je t’écris cette lettre pour t’annoncer une grosse nouvelle. J’ai refusé le STO  je suis réfractaire et maquisard. Hier, nous avons  construit la sape avec Théo, Sandrine, Nathalie, Laetitia et Angélique. Nous avons créé une jolie sape, je pense. Nous avons fait notre première mission de sabotage. Nous avons saboté un train.

J’espère que ça se passe bien pour toi.

Samuel

 

Jeudi 3 mai 1943

Chère famille,

Il fait très froid et vous me manquez trop.

Hier soir, Marc, Noël, Anne et Lola et moi, nous avons été construire la sape. Moi, j’ai été cherchée de quoi aider. J’espère que toute la famille va bien. Vous me manquez tellement.

Les Allemands sont fous. Papa, maman, ne leur donnez pas votre moisson. On chasse pour manger même si je n’aime pas ça, il faut bien.

Je pense à vous tous les jours, chaque heure, chaque minute, chaque seconde.

Chloé

 

Jeudi 9 mai 1943

Chers parents,

Il fait froid. Je suis allé dans la source boire de l’eau.

Je suis content avec mes amis car je m’entends très bien avec eux.

Heureusement, on a des armes pour se battre contre les Allemands. Un des nôtres est blessé. Il s’est fait tirer dans le pied et je le soigne.

On est partis chasser dans la forêt pour nous nourrir.

Au revoir, à bientôt

Hayri

 

Jeudi 3 novembre 1943,

Chère soeur Beyza,

Aujourd’hui, il fait très froid. On est une quinzaine comme moi et on est très serrés. On mange tout le temps des lapins. Des fois, je sors car je vais voir les vendeurs de moissonneuses batteuses pour leur dire de ne pas aider les Allemands.

On se lave avec de l’eau un peu marron.On vit dans la forêt dans une sape. Tous les jours, j’ai peur que les Allemands nous trouvent.

Un jour, j’ai failli me faire attraper alors que je parlais avec l’ami qui est avec moi.

Dis bonjour à toute la famille.

Je t’aime. Fais attention à toi.

Bisous.

Berat

 

Mercredi 23 novembre 1943

Chers parents,

Mes amis et moi, nous avons refusé d’aller au STO (Service de Travail Obligatoire), en Allemagne. On est dans un lieu caché, il fait très froid mais dans la sape, il fait un peu chaud.

Quand j’ai dit une sape, je vais tout t’expliquer.

La sape nous sert de maison,la source nous permet de nous laver et de boire de l’eau et la vigie est petite et nous permet de surveiller.

Je vous aime.

Bien à vous,

Hafsa-Melek

 

Jeudi  13 mai 1943

Chère famille,

Ici, c’est dur. Les conditions de vie sont déplorables. Chaque jour un nouveau combat. Notre vie se résume à nous cacher, à saboter, volet et à croiser les doigts. J’ai peur mais je dois le cacher.Je regrette la maison. Maintenant, c’est juste un trou creusé dans la terre. C’était soit ça soit le STO de malheur.

Assez parlé de moi. Comment ça va vous à la maison? Je me demande ce que vous faites. Moi, je fabrique une sape. C’est si différent.

Tu sais, hier, j’ai fait sauter un train en entier. Quand je rentrerai il me faudra d’autres vêtements car il y a beaucoup de sang dans le lapin ou la poule, je ne sais plus.

Ici, je ne peux plus rien faire. Je pleure, j’écris et au travail. C’est comme ça toute la journée.

Quand je reviendrai, je chanterai le chant des partisans, dans toute la ville et je dirai « Ne revenez plus Nazis! »

Tu diras bonjour à mon frère et à ma soeur.

Bisous.

Mathias

 

5 février 1943

Chère famille,

Vous me manquez tellement.

Il fait très froid dehors, nous nous lavons dans une source. Pour nous sécher, nous prenons des feuilles.

Avec Marie, nous avons échappé à la STO, nous sommes dans une sape bien à l’abri du froid.

Dans notre camp de maquisards, il y a Marie, Chloé, Manon, Marie-Sarah, Théo, Mathias, Yassim et moi.Nous avons fini de construire d’autres sapes au cas où il y aurait d’autres maquisards qui viendraient nous rejoindre.

Nous avons réussi à faire du feu.

Une dame nous a confié sa fille juive pour qu’on s’en occupe. La petite a été sage. Elle est restée avec nous jusqu’à ses 13 ans.

Nous resterons ici jusqu’à la fin de la guerre.

Nous allons bien.

Cybellia.

 

Jeudi 3 novembre 1943

Chers parents,

Je suis dans un bois où il fait froid, on essaie de piquer à manger dans des fermes, partout. On vit dans une sape, on sabote les moissonneuses, on dit aux paysans de ne pas vendre leurs moissons aux Allemands. On sabote aussi les trains, on met des bombes sur les rails. On est une quinzaine de réfractaires. Tous les jours, enfin presque, on chante le chant des partisans pas trop fort pour ne pas se faire repérer par les miliciens et les Allemands.

Il y a une source, une vigie et on est entrain de construire une nouvelle sape.

Comment va mon frère?

Il me manque beaucoup même si on se disputait souvent.

Et vous, est-ce que vous allez bien?

Je vous aime tous.

Marie-Sarah

 

Jeudi 3 mai 1943

Chers parents,

J’écris pour vous donner de mes nouvelles. Je vais bien. Il fait très froid et vous me manquez. la sape est petite mais elle tient bien la chaleur. Nous devons chasser pour pouvoir manger, ça ne me dérange pas car si vous n’avez pas oublié, j’adore ça.

Nous avons déjà saboté un train allemand. il s’est renversé d’un coup et j’étais fière de moi. Nous avons aussi saboté la moissonneuse d’un paysan. Hier, j’ai été de garde à la vigie.

Je me suis faite de nouveaux amis et tous ensemble, on chante le chant des partisans. J’adore cette chanson.

Ma soeur Emma va bien? Elle me manque aussi même si on se chamaille. Je l’aime beaucoup.

Et vous, vous allez bien?

C’est bientôt mon anniversaire et vous ne serez pas là pour me le souhaiter.

J’espère que vous comprenez pourquoi je ne suis pas partie au STO.

Je vous aime et vous embrasse.

Manon

 

 

 

V is for Victory

Durant la Seconde Guerre mondiale,  le signe V devient un symbole de la Résistance anti-nazie : c’est à la fois la première lettre du mot français Victoire,  du mot anglais Victory  et du mot néerlandais Vrijheid  (= Liberté). 

A partir de mars 1941, la BBC demande aux habitants des pays occupés de tracer la lettre V partout où cela est possible pour montrer leurs soutiens à la France Libre. Dans toute l’Europe, on voit apparaître sur les murs la lettre V écrite à la craie, au charbon ou à la peinture.  Faire ce graffiti est un acte de Résistance : c’est s’opposer à la propagande nazie.

La BBC utilise les premières notes de la 5ème symphonie de Beethoven pour commencer les émissions clandestines destinées aux Forces Françaises de l’Intérieur ( = F.F.I) : les 3 coups de timbales brefs suivi d’un coup long correspondent à la lettre V dans l’alphabet morse. 

Ecouter

( source : collections of the Imperial War Museums)
(source : Fondation Charles De Gaulle)

Winston Churchill fait ce geste du V de la victoire dès qu’un photographe est présent.

Charles de Gaulle fait le signe dans ses discours à partir de 1942.
Le V abritait souvent une Croix de Lorraine, emblème de la France Libre.

 

« Nuit et brouillard »

Entrée du camp d’Auschwitz – 27/01/1945 ( source : German Federal Archives)

En 1963, Jean Ferrat écrit et compose une chanson qui parle de la déportation de millions de personnes par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale.

Il a lui-même vécu l’antisémitisme de la Seconde Guerre mondiale : il avait 12 ans lorsque son père, Mnacha Tenenbaum, juif d’origine russe, a été arrêté puis emmené à Drancy, et à Auschwitz en 1942, d’où il n’est jamais revenu.

Sa chanson est un  hommage aux victimes de camps de concentration et d’extermination : les juifs, mais aussi les résistants, les communistes…. Jean Ferrat choisit comme titre « Nuit et brouillard » car c’est le nom de code des directives signées en 1941 par Adolf Hitler dans lesquelles le dictateur ordonne la déportation de toutes les personnes qui représentent  » un danger pour la sécurité de l’armée allemande » : saboteurs, résistants, opposants ou réfractaires à la politique ou aux méthodes du Troisième Reich.

Nuit et Brouillard ( Jean Ferrat – 1963)

Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants
Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent

Ils se croyaient des hommes, n’étaient plus que des nombres
Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés
Dès que la main retombe il ne reste qu’une ombre
Ils ne devaient jamais plus revoir un été

La fuite monotone et sans hâte du temps
Survivre encore un jour, une heure, obstinément
Combien de tours de roues, d’arrêts et de départs
Qui n’en finissent pas de distiller l’espoir

Ils s’appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel
Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vishnou
D’autres ne priaient pas, mais qu’importe le ciel
Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux

Ils n’arrivaient pas tous à la fin du voyage
Ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux
Ils essaient d’oublier, étonnés qu’à leur âge
Les veines de leurs bras soient devenues si bleues

Les Allemands guettaient du haut des miradors
La lune se taisait comme vous vous taisiez
En regardant au loin, en regardant dehors
Votre chair était tendre à leurs chiens policiers

On me dit à présent que ces mots n’ont plus cours
Qu’il vaut mieux ne chanter que des chansons d’amour
Que le sang sèche vite en entrant dans l’histoire
Et qu’il ne sert à rien de prendre une guitare

Mais qui donc est de taille à pouvoir m’arrêter ?
L’ombre s’est faite humaine, aujourd’hui c’est l’été
Je twisterais les mots s’il fallait les twister
Pour qu’un jour les enfants sachent qui vous étiez

Vous étiez vingt et cent, vous étiez des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiriez la nuit de vos ongles battants
Vous étiez des milliers, vous étiez vingt et cent

Lettres à Anne

Anne Frank, mai 1942.
Le 4 août 1944, Anne et les 7 autres clandestins sont arrêtés... 
Déportés, seul Otto Frank reviendra des camps de concentration. 
Anne mourra à Bergen Belsen, à l'âge de 15 ans, en février 1945, 
en nous laissant son Journal.
Touchés par Anne et son histoire, les élèves de CM2 ont choisi de 
lui écrire...














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Une journée dans l’Annexe

Vivre à 8 dans l’Annexe n’est pas une chose facile. Les conditions de vie sont difficiles et pesantes au sein de la cachette. Un emploi du temps strict a donc été mis en place.

3h00: Anne va aux toilettes

6h45: Les Annexiens se réveillent

7h15: Dussel occupe la salle de bain

12h30: Les employés des bureaux prennent la pause

12h45: Les Annexiens reçoivent de la visite

13h00: Tout le monde écoute la radio

13h15: Tous mangent de la soupe et un dessert

13h45: Ils vont à leurs occupations. Les employés d’Opetka retournent travailler

21h00: Les Annexiens se préparent à se coucher

21h30: Anne se prête à se coucher

22h00: Tout le monde dort

23h30: Dussel sort du bureau de M. Kugler et s’apprête à se mettre au lit.

Extrait du Journal d’Anne Frank

MERCREDI 4 AOUT 1943

Chère Kitty,
            Depuis plus d’un an que nous sommes des Annexiens, tu connais assez bien notre vie, je ne peux pas te renseigner sur tout ; la différence avec ce qui se passe à des époques normales et chez des gens normaux est tellement grande. Cependant, pour te permettre de jeter un regard plus précis sur notre vie, je vais désormais te décrire de temps en temps une portion d’une journée ordinaire. Aujourd’hui, je commence par la soirée et la nuit :
A neuf heures du soir commence à l’Annexe l’agitation du coucher, et c’est vraiment toujours une agitation sans nom. On déplace les chaises, on retourne la literie, on plie les couvertures, rien ne reste à sa place de la journée. Je dors sur le petit divan, qui a moins de 1,50 m de long. Ici, des chaises doivent donc servir de rallonge; un édredon, des draps, des oreillers, des couvertures, tous tirés du lit de Dussel, où ils résident dans la journée.
            A côté, on entend d’horribles craquements, le lit en accordéon de Margot ; d’autres couvertures de divan et oreillers, le tout pour rendre un peu plus confortable les lattes en bois. En haut, on croirait entendre le tonnerre, ce n’est que le lit de Madame. Il faut savoir qu’on le pousse vers la fenêtre pour permettre à Son Altesse à la liseuse rose de recevoir d’agréables picotements dans ces petites narines
Neuf heures : Après Peter, j’entre dans la salle de bain où a lieu une toilette approfondie, et il n’est pas rare (seulement pendant les mois, les semaines où les jours de grandes chaleurs) qu’une petite puce soit entraînée dans l’eau du lavage. Ensuite, se laver les dents, se boucler les cheveux, se faire les ongles, manier de petits cotons imbibés d’eau oxygénée ( sert à  décolorer les poils noirs de  moustache) le tout en une petite demi-heure.
Neuf heures et demie  : Peignoir de bain passé à la va-vite, savon dans une main, pot, épingles à cheveux, culotte, bigoudis et coton dans l’autre, je sors en coup de vent de la salle de bain, avant d’être rappelée le plus souvent à cause des cheveux dont les courbes gracieuses, mais pas très appétissantes pour mon successeur, déparent le lavabo.
Dix heures : Fenêtres calfeutrées, bonne nuit. Dans la maison, un bon quart d’heure durant, craquements de lit et soupirs de ressorts fatigués, puis le silence se fait, si du moins les voisins du dessus ne se disputent pas sur l’oreiller

Onze heures et demie : La porte de la salle de bain grince. Un mince rai de lumière tombe dans la chambre. Chaussures qui craquent, un grand manteau, encore plus grand que l’homme qui le porte….Dussel revient de son travail nocturne dans le bureau de Kugler. Dix minutes de traînements de pieds sur le sol, de froissement de papier, ce sont les victuailles à cacher dans le placard, et un lit qu’on fait. Puis la silhouette disparaît de nouveau, et l’on entend plus  de temps en temps que petit bruit suspect monter des WC.
Environ trois heures : Je suis obligée de me lever pour une petite commission dans la boîte en fer placée sous mon lit, sous laquelle, par précaution, on a mis un petit tapis en caoutchouc, en prévision d’éventuelles fuites. Dans ces cas-là, je retiens toujours mon souffle, car le jet retentit dans la boîte comme une cascade de montagne. Puis la boîte revient à sa place et une silhouette en chemise de nuit blanche, qui chaque soir arrache à Margot ce cri: “ Oh, cette chemise de nuit, quelle indécence”, se recouche. Un petit quart d’heure, une certaine personne continue à écouter les bruits de la nuit. Tout d’abord, s’il n’y a pas de voleur en bas, puis les bruits venus des divers lits, en haut, à côté et dans la chambre, bruits d’où on peut généralement déduire si les différents occupants de la maison dorment ou passent la nuit dans un demi sommeil. Ce dernier cas n’a rien de réjouissant, surtout lorsqu’il concerne un membre de la maisonnée répondant au nom de Dr Dussel.
            D’abord j’entends un petit bruit comparable à celui d’un poisson happant l’air, et qui se répète une dizaine de fois, puis on s’humecte les lèvres avec application, en alternant des petits claquements de langue, suivis de rotations prolongées dans le lit, d’un côté et d’autre, et des déplacements d’oreillers. Cinq minutes de calme complet, puis cette succession d’événements se répète au moins 3 fois, après quoi le docteur a probablement réussi à s’assoupir pour un moment. Il peut arriver aussi que, la nuit, à des moments variables, entre une et quatre heures du matin, il y ait des tirs. Je ne m’en rends jamais complètement compte avant de m’être levée machinalement. Parfois je suis tellement plongée dans mes rêves, que je pense aux verbes irréguliers français ou à une des querelles d’en haut. C’est seulement quand tout est fini que je m’aperçois qu’on a tiré et que je suis restée tranquillement dans ma chambre. Mais le plus souvent, les choses se passent comme je l’ai dit plus haut. Vite, un oreiller et un mouchoir à la main, on enfile peignoir et pantoufles, et au petit trot jusqu’à Papa, exactement comme Margot l’a écrit dans mon poème d’anniversaire:

La nuit, à la première détonation,
Une porte grince, et qui fait irruption ?
Un mouchoir, un oreiller et une petite fille

Une fois parvenue près du grand lit, le plus gros de ma frayeur est passé, sauf si ça tire très fort.
Sept heures moins le quart :  drrrrrr…Le petit réveille-matin qui peut élever la voix à toute heure du jour (quand on le demande et parfois même sans cela). Crac… Pang…  Madame l’a arrêté… Knak… Monsieur s’est levé. On fait bouillir de l’eau, et vite à la salle de bains.
Sept heures et quart : La porte grince une nouvelle fois. Dussel peut aller à la salle de bains. Une fois seule, on fait entrer la lumière… et le nouveau jour a commencé à l’Annexe.
Bien à toi,

Anne

L’Annexe

Le 5 juillet 1942, Margot reçoit, comme de nombreux autres Juifs, la convocation pour aller travailler dans un camp de travail, an Allemagne.
Le 6 juillet 1942, la famille Frank entre en clandestinité dans l’Annexe, située dans l’entreprise d’Otto Frank.

Extrait du Journal d’Anne Frank

JEUDI 9 JUILLET 1942

Chère Kitty,

           Nous marchions sous la pluie battante, Papa, Maman et moi, chacun portant un cartable et un sac à provisions, bourrés jusqu’à ras bord d’objets hétéroclites. Les ouvriers qui allaient au travail à cette heure matinale nous lançaient des regards de pitié ; sur leurs visages se lisait clairement leur regret de ne pouvoir nous proposer aucune sorte de véhicule, le jaune éclatant de l’étoile en disait assez long.
            C’est seulement dans la rue que Papa et Maman m’ont dévoilé par bribes leur plan pour nous cacher. Depuis des mois, nous avions fait sortir de la maison autant de mobilier et de vêtements que possible et nous nous apprêtions à partir nous cacher de nous-mêmes le 16 juillet. La convocation avait avancé de dix jours notre départ, si bien qu’il nous fallait nous contenter d’appartements moins bien arrangés.
            La cachette se trouvait dans les bureaux de Papa. C’est un peu difficile à comprendre quand on  ne connaît pas la situation, c’est pourquoi je vais donner quelques explications supplémentaires. Papa n’a pas eu beaucoup de personnel, MM. Kugler, Kleiman et Miep, et en plus Bep Voskuyl, la sténodactylo qui a vingt-trois ans ; tous étaient au courant de notre arrivée. A l’entrepôt, le chef magasinier, M. Voskuyl, le père de Bep, à qui nous n’avions rien dit, et deux manutentionnaires…

           

…. Le bâtiment est distribué ainsi : au rez-de-chaussée se trouve un grand entrepôt qui sert au stockage, il est partagé en différents compartiments, comme la pièce à moudre, où l’on moud la cannelle, les clous de girofle et l’ersatz de poivre, et la réserve. A côté de la porte de l’entrepôt se trouve la porte d’entrée du bâtiment, qui, par l’intermédiaire d’une porte intérieure donne accès à un escalier. En haut de l’escalier, on arrive devant une porte de bureau en verre dépoli, sur lequel on lisait autrefois “ BUREAU” en lettres noires. C’est le grand bureau de devant, très grand, très clair, très plein. Dans la journée, Bep, Miep et M. Kleiman y travaillent, en traversant un petit cabinet avec un coffre-fort, une penderie et un grand placard de stockage, on parvient au bureau de la direction, petit, renfermé et sombre. Autrefois se tenaient là M.Van Daan et M. Kugler, aujourd’hui le seul occupant. On peut aussi atteindre le bureau de Kugler en venant du couloir, mais seulement par une porte vitrée qui s’ouvre de l’intérieur, mais non de l’extérieur, et à partir du bureau de Kugler, en suivant l’étroit couloir, en passant par la remise à charbon et en montant quatre marches, le joyau de tout le bâtiment, le bureau privé. Meubles imposants en bois sombres, linoléum et tapis par terre, radio, lampe élégante, la classe quoi, à côté une grande et vaste cuisine avec chauffe-eau et gazinière à deux feux et à côté, des toilettes. Voilà pour le premier étage. Du couloir d’en bas, un simple escalier de bois monte à l’étage supérieur. En haut, il y a un petit passage, baptisé palier. A droite et à gauche du palier, une porte, celle de gauche mène au bâtiment sur rue, avec la réserve d’épices, la pièce intermédiaire, la pièce devant, le grenier de devant et les combles. de l’autre côté de ce bâtiment sur rue, un escalier long, hyper-raide, un vrai casse-pattes hollandais descend à la deuxième porte d’entrée.

            A droite du palier se trouve “ l’Annexe”. Nul ne soupçonnerait que tant de pièces se cachent derrière cette simple porte peinte en gris. Une marche devant la porte et on y est. Juste en face de l’entrée, un escalier raide, à gauche un petit couloir et une pièce, pièce destinée à devenir la salle de séjour et la chambre à coucher de la famille Frank, à côté une pièce plus petite, chambre à coucher et salle d’étude des deux demoiselles Frank. A droite de l’escalier, une pièce sans fenêtre, avec lavabo et toilettes séparés, et aussi une porte donnant sur notre chambre, à Margot et à moi. Quand, en haut de l’escalier, on ouvre la porte, on est surpris de trouver dans cette vieille bâtisse une pièce aussi grande, claire, spacieuse. Dans cette pièce se trouvent une cuisinière ( sa présence est due au fait que c’était autrefois le laboratoire de Kugler) et un évier. La cuisine donc, et en même temps la chambre à coucher des époux Van Daan, le salon, la salle à manger et la salle d’étude communautaire. Une toute petite pièce de passage sera l’appartement de Peter Van Daan. Et puis, comme en façade, un grenier et des combles. Volà, je t’ai présenté toute notre belle Annexe !
Bien à toi,

Anne

Photo © Collection Maison Anne Frank